Sénégal : la Radio Numérique Terrestre (RNT) passe de l’expérimentation à l’exploitation avec TDS-SA

Récepteur de radio numérique et antenne de diffusion illustrant le déploiement de la RNT au Sénégal.

Le 10 septembre 2026, l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) et la Société de Télédiffusion du Sénégal (TDS-SA) ont signé un protocole d’accord portant sur le transfert de l’infrastructure de la Radio Numérique Terrestre.

La cérémonie a été marquée par une forme de passage de témoin. Dahirou Thiam, alors directeur général de l’ARTP, a signé l’accord avec Aminata Sarr, directrice générale de TDS-SA, quelques heures avant que la nomination de son successeur à la tête du régulateur ne soit annoncée.

Avec ce transfert, TDS-SA prend désormais en charge la mise en service, l’exploitation et la maintenance de l’infrastructure RNT. L’objectif est d’accompagner son déploiement progressif sur le territoire.

Le projet RNT est d’abord né d’un problème très concret : la disponibilité limitée des fréquences FM.

Comme dans de nombreux pays, la multiplication des stations de radio a progressivement réduit les marges de manœuvre dans la bande FM, notamment dans les zones les plus densément peuplées.

La technologie DAB+, retenue par le Sénégal, permet de diffuser plusieurs radios sur une même fréquence grâce au multiplexage. Là où une fréquence FM accueille généralement une station, un multiplex numérique peut en regrouper plusieurs.

Pour les autorités sénégalaises, l'enjeu est donc à la fois technique et éditorial : utiliser plus efficacement une ressource devenue rare et permettre, à terme, l'arrivée de nouvelles offres radiophoniques.

L’ARTP a lancé le projet pilote en 2022. Un premier service d’essai DAB+ a été mis en place à Dakar en avril 2023, avant le lancement officiel de la phase pilote en mai 2024.

Le Sénégal s’est alors positionné comme l’un des premiers pays francophones d’Afrique subsaharienne à expérimenter la radio numérique terrestre selon la norme DAB+.

L’expérimentation a progressivement été étendue. Deux multiplexes ont notamment été testés à Dakar, permettant de diffuser plusieurs dizaines de services. La couverture s'est également étendue au-delà de la capitale, jusqu'à une partie de la région de Thiès.

Pour l’ARTP, cette phase a surtout permis de tester l’infrastructure et d’en tirer les enseignements nécessaires avant de passer à une phase d’exploitation.

C’est désormais le rôle de TDS-SA.

Opérateur national de diffusion, TDS-SA est déjà chargé de l’exploitation des infrastructures de télévision numérique terrestre et du dispositif de diffusion de la TNT sénégalaise.

Le transfert de la RNT s’inscrit donc dans cette logique : regrouper au sein du même opérateur public les infrastructures numériques de diffusion audiovisuelle.

Pour les radios, cette évolution doit permettre de disposer progressivement d’un réseau de diffusion numérique mutualisé.

Mais les questions restent nombreuses

Combien de radios rejoindront les futurs multiplexes ? À quel coût ? Quelle couverture sera proposée en dehors de Dakar ? Et surtout, combien d’auditeurs disposeront de récepteurs compatibles avec le DAB+ ?

La question est d’autant plus importante que les Sénégalais disposent déjà d’une autre manière d’écouter la radio numérique : le téléphone mobile et les applications de streaming.

La RNT conserve toutefois plusieurs avantages. Elle permet une réception gratuite, sans abonnement internet, tout en utilisant plus efficacement les fréquences disponibles et en offrant potentiellement une meilleure qualité sonore.

Pour les éditeurs, elle peut également ouvrir la porte à de nouvelles stations, à condition que le modèle économique soit suffisamment attractif.

L’exemple français incite néanmoins à la prudence. Il montre que le passage de la FM au numérique peut prendre du temps car les difficultés sont nombreuses

Parmi celles rencontrées par la RNT en France on peut citer :

la réticence initiale de certains grands groupes de radio qui ne voulait pas voir menacer leurs positions par de nouveaux entrants. Sans les groupes historiques la RNT n’a plus le même intérêt pour les auditeurs,

le coût pour les stations de radio de la double diffusion FM-DAB+ et la nécessité de convaincre les auditeurs d’acquérir des récepteurs compatibles.

La frilosité du service public qui avait fait d’autre choix stratégiques via le streaming et le digital

Le Sénégal devra donc éviter, comme pour la TNT, que la RNT reste essentiellement une réussite technique.

Le prochain défi sera de construire autour d’elle un véritable écosystème : des radios intéressées, des récepteurs accessibles, un modèle économique viable et une couverture suffisamment large.