Le 11 septembre, CANAL+ et LaLiga ont annoncé la signature d’un accord consacré à la lutte contre le piratage des contenus sportifs.
Les deux groupes vont partager leurs technologies et leurs informations, mener des investigations conjointes et coordonner leurs actions contre les réseaux qui diffusent illégalement les matchs. L’accord couvre près de 50 pays en Europe, en Afrique subsaharienne et à Haïti, correspondant aux territoires où CANAL+ distribue LaLiga.
Pour Javier Tebas, président de LaLiga, le piratage constitue une menace directe pour l’économie du football, les droits audiovisuels représentant une part essentielle des revenus des clubs. Maxime Saada, président du directoire de CANAL+, estime de son côté que le rapprochement des expertises des deux groupes doit permettre d’accroître leur capacité d’action.
L’Afrique au cœur du dispositif
La présence de l’Afrique subsaharienne dans cet accord n’est pas anodine.
Depuis l’intégration de MultiChoice, CANAL+ a considérablement renforcé sa présence sur le marché africain de la télévision payante. Le groupe français revendique désormais une présence dans près de 70 pays et comptait 41,2 millions d’abonnés à fin juin 2026.
Or, le piratage constitue depuis plusieurs années l’un des principaux défis auxquels sont confrontés les opérateurs de télévision payante africains.
Le développement des IPTV et des plateformes de streaming illégales permet d’accéder à des contenus sportifs sans souscrire aux offres officielles. Pour les détenteurs de droits, chaque accès pirate représente potentiellement un abonnement perdu, mais aussi une dévalorisation des droits qu’ils ont achetés.
Le sujet est particulièrement sensible pour le football, qui reste l'un des principaux arguments des offres de télévision payante.
Avec l’intégration de MultiChoice, le groupe CANAL+ peut notamment s’appuyer sur les technologies et l’expertise d’Irdeto, la filiale spécialisée dans la cybersécurité et la protection des contenus. Filigranage des flux, identification des sources, blocage de sites ou d’adresses IP : les moyens employés pour perturber les réseaux pirates sont de plus en plus sophistiqués.
La lutte ne se limite d’ailleurs plus à la fermeture de quelques sites. Les opérateurs cherchent désormais à identifier les infrastructures qui permettent de redistribuer les contenus et à travailler avec les autorités et les fournisseurs d’accès pour les neutraliser.
LaLiga mène elle aussi depuis plusieurs années une politique active contre le piratage, notamment en obtenant dans certains pays le blocage de sites et de services IPTV diffusant illégalement ses rencontres.
L’accord conclu avec CANAL+ donne donc une dimension internationale supplémentaire à ces actions.
Mais la technologie et la voie judiciaire ne régleront pas tout.
En Afrique subsaharienne, le succès des offres pirates s’explique aussi par le coût des abonnements, dans des marchés où le pouvoir d’achat reste limité et où l'accès à internet mobile s'est largement développé.
La question est donc aussi celle de l’accessibilité de l’offre légale.
Pour les détenteurs de droits, l’enjeu est désormais double : protéger les contenus et trouver les moyens de les rendre suffisamment accessibles pour que le consommateur ait intérêt à rester dans le circuit légal.
L’alliance entre CANAL+ et LaLiga marque en tout cas une nouvelle étape dans cette bataille.

