Joël Amos Badi Directeur adjoint des programmes de NCI : «Nous sommes pleinement engagés dans la fiction, et plus particulièrement dans la fiction ivoirienne.»

Portrait de Joël Amos Badi sur fond ivoire, dans une composition aux couleurs d’Adweknow.

En cette rentrée 2026, comment présenteriez-vous NCI ?

NCI se positionne comme une chaîne qui cherche à répondre aux attentes des téléspectateurs dans tous les genres : information, divertissement, sport et fiction. Notre objectif est de leur proposer une offre aussi complète que possible, avec des programmes adaptés aux différents moments de la journée et aux habitudes de consommation des Ivoiriens. Nous cherchons à satisfaire tous les publics.

Nous ne ciblons pas un public particulier, mais l’ensemble de la population ivoirienne, dans toutes les régions du pays. Nous ne sommes ni une chaîne élitiste ni une chaîne exclusivement populaire. Nous sommes une chaîne généraliste qui s’adresse au grand public.

Quelles sont les grandes lignes de votre grille de rentrée ? Quels programmes sont reconduits et quelles sont les nouveautés ?

Nous maintenons tous les grands rendez-vous qui font l’identité de la chaîne, notamment en matière d’information.

La Quotidienne Info, NCI 360 et NCI Reportage restent à l’antenne. Ce dernier magazine propose des reportages sur la vie en Côte d’Ivoire, ses régions, sa culture et ses faits de société. Focus Faits Divers, consacré aux événements qui ont marqué l’actualité ivoirienne, est également reconduit.

Nous renforçons même notre offre d’information, avec des équipes consolidées et une attention particulière portée aux préoccupations quotidiennes des téléspectateurs. Notre volonté est de rester au plus près de leur vécu.

Et du côté du divertissement ?

Le divertissement conserve une place importante dans notre programmation. Nos émissions phares comme La Télé d’Ici, Showbuzz et Les Femmes d’Ici sont maintenues.

Showbuzz s’adresse au grand public et traite de l’actualité du show-business. Les Femmes d’Ici propose, sur un ton léger, un regard féminin sur la société ivoirienne. Quant à La Télé d’Ici, c’est notre grand rendez-vous d’infotainment, chaque soir à 18 h 30.

Nous conservons également le Friday show, notre rendez-vous du vendredi soir à 20 h 30, animé par Yasmine Reda, qui propose un talk-show de divertissement consacré notamment aux modes de vie et aux centres d’intérêt d’une jeunesse ivoirienne ouverte aux tendances contemporaines.

Il y a toutefois un changement à signaler dans Les Femmes d’Ici. Khady Touré ne présente plus l’émission. Deeja Sorho en devient l’animatrice principale, aux côtés de trois chroniqueuses : Yasmine Reda, Djas et Zeinab Beydoun qui rejoint l’équipe.

Enfin, une nouvelle émission de divertissement fera son arrivée le samedi soir, en prime time, à partir de novembre. Des personnalités seront invitées à participer à des jeux décalés, dans une ambiance placée sous le signe de l’humour et de la convivialité.

Le sport constitue également l’un des points forts de NCI. Quelles compétitions diffuserez-vous cette saison ?

Nous conservons nos rendez-vous sportifs habituels. La Premier League anglaise sera diffusée le week-end, le samedi après-midi, à partir de 14 heures ou de 15 heures selon la période de l’année.

Nous proposons également NCI Sport Express, le lundi, pendant quinze minutes après la série NCI Création. La Ligue des champions reste au programme, avec des rendez-vous le mercredi lors des journées de compétition. Enfin, nous diffuserons un match par journée de Ligue des nations.

Les droits sportifs coûtent cher. Les recettes publicitaires et le parrainage suffisent-ils à financer vos ambitions dans ce domaine ?

Le sport génère des audiences exceptionnelles. Lorsque nous diffusons une grande compétition ou une affiche importante, nous enregistrons des résultats très élevés et nous nous plaçons en tête des audiences.

Mais, aujourd’hui, la publicité ne permet pas nécessairement de rentabiliser les investissements dans le sport. Le marché publicitaire ivoirien n’a pas véritablement grandi : c’est le même gâteau, partagé entre un nombre croissant d’acteurs.

Les droits sportifs représentent des coûts très importants. Lorsqu’on décide de se lancer dans ce domaine, on sait qu’il s’agit d’un investissement conséquent. Mais les retours sur investissement, pour une chaîne de télévision en général et pour le sport en particulier, ne sont pas toujours évidents.

La fiction est un autre pilier de votre programmation. Quelle place lui accordez-vous ?

Nous sommes pleinement engagés dans la fiction, et plus particulièrement dans la fiction ivoirienne. Les Ivoiriens en consomment davantage qu’auparavant et regardent aujourd’hui majoritairement des productions locales.

Nous avons fortement développé cette activité depuis un peu plus d’un an et nous confirmons cette orientation à la rentrée. Nous proposons une case dédiée à la fiction ivoirienne, du lundi au vendredi à 21 heures, avec des séries que nous avons produites ou coproduites. Chaque épisode dure 26 minutes et fait également l’objet de rediffusions dans la journée.

Ces séries sont-elles essentiellement des comédies ?

Non, nous cherchons justement à diversifier les genres. Nous proposons des comédies, mais aussi des drames et des séries policières.

Notre série L’Agence, par exemple, s’intéresse au quotidien des nounous et aux difficultés qu’elles rencontrent. Nous ne sommes pas dans un traitement caricatural, mais dans une approche plus sociale.

Nous avons également proposé des intrigues policières autour de la recherche d’un meurtrier. Et nous lançons aujourd’hui Zanka, une série mettant en scène une super-héroïne africaine, une justicière masquée.

Cette diversité est importante pour élargir notre offre et répondre aux attentes du public.

Ces séries sont-elles coproduites avec d’autres acteurs ou financées majoritairement par NCI ?

Certaines productions ont fait l’objet de montages financiers associant des partenaires comme TV5MONDE ou Orange. Mais cela ne représente pas la majorité de nos programmes. En règle générale, NCI en assure seule le financement.

La mesure d’audience est actuellement à l’arrêt en Côte d’Ivoire. En tant que responsable des programmes, est-ce une difficulté ?

Pour un directeur des programmes, travailler sans mesure d’audience fonctionnelle n’est évidemment pas idéal. C’est comme naviguer à vue.

Nous sommes obligés de nous appuyer sur notre ressenti et notre expérience, alors que nous avons besoin de savoir précisément ce que les téléspectateurs aiment, ce qu’ils attendent et ce qu’ils apprécient moins. Ces informations sont indispensables pour ajuster les programmes et corriger ce qui doit l’être.

La difficulté est également commerciale. Sans données d’audience, il devient beaucoup plus compliqué de démontrer à un annonceur qu’un programme fonctionne ou de justifier ses performances.

C’est donc un véritable problème pour les responsables de programmes. Nous continuons à travailler en espérant que la situation pourra être résolue rapidement.

Quels autres outils vous permettent de savoir si un programme rencontre son public ? les réseaux sociaux sont ils une source d'information importante pour vous?

En Afrique, une grande partie de la population regarde encore la télévision de manière linéaire. Les réseaux sociaux ne représentent qu’une partie du public.

Il est intéressant d’observer les réactions des internautes bien sûr , mais elles ne sont pas représentatives de ce que pense l’ensemble de la population. On ne peut donc pas s’appuyer uniquement sur ces retours pour évaluer le succès d’un programme.

Comment recueillez-vous alors les réactions du public ?

Nous sommes obligés de recourir à des focus groups, à des études qualitatives et à d’autres méthodes d’enquête. C’est une nécessité, même si cela représente un investissement supplémentaire pour l’entreprise.

Nous ne pouvons pas travailler sans aucun retour du public. Interroger les téléspectateurs pour comprendre ce qu’ils pensent n’a rien de nouveau. Nous devons simplement revenir à des méthodes plus traditionnelles, que les études d’audience nous permettaient jusqu’ici de compléter.

En attendant le rétablissement d’un dispositif de mesure d’audience, nous devons donc nous organiser pour continuer à mieux connaître notre public.