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Entretien avec Jean-Philippe Audoli, fondateur de WAW Muzik

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Avant d’être entrepreneur, Jean-Philippe Audoli est avant tout un violoniste de renommée internationale, à la tête du quatuor Ludwig pendant plus de 25 ans. Il compte aujourd’hui plus de 2000 concerts, 30 albums et a obtenu 3 Grands Prix Internationaux du disque. Il est aussi le directeur du festival de musique du Château de la Moutte à Saint-Tropez et ce, depuis plus de 20 ans.

Enfin, il fait preuve d’un engagement pour l’Afrique après s’être produit dans plus de 40 pays sur le continent. C’est pourquoi il a choisi de lancer WAW Muzik, une application de streaming de musique avec un modèle pensé pour le marché africain et plus spécifiquement la Côte d’Ivoire.

 

Pourquoi avoir choisi de vous lancer dans le projet WAW Muzik ?

Mon expérience m’a amené à m’interroger sur les différents modèles sociaux, culturels, politiques et économiques. J’ai joué dans 42 pays sur le continent africain. Des pays dans lesquels j’ai pu découvrir les exceptionnels savoir-faire en matière de musique. Je me suis vite rendu compte qu’il y avait des modèles à inventer dans l’industrie de la musique. Force est de constater que 90% des musiques populaires dans le monde ont aujourd’hui des origines africaines et génèrent 26 millions de dollars par an pour moins d’1% en Afrique. Cette dette culturelle, politique et économique m’a bouleversée et encouragé à réfléchir à de nouveaux modèles plus équitables et structurants pour l’Afrique et à partir de l’Afrique. Un modèle qui serait sans doute plus vertueux, où l’équité serait meilleure et qui donnerait un véritable statut aux artistes dans la diffusion de leur musique. À partir de cette réflexion, j’ai imaginé la plateforme WAW Muzik, conçue pour rémunérer les artistes à leur juste mesure et en libérant la consommation de la musique pour les fans de musique.

 

Pouvez-vous nous présenter WAW Muzik ?

WAW Muzik répond à plusieurs problématiques en matière de streaming musical :

  • Les jeunes qui souhaitent consommer aujourd’hui de la musique en ligne ne peuvent aller au-delà de 2 à 3 titres sans consommer toute leur data internet de la journée. Paradoxalement, le continent africain fait danser et chanter la planète mais l’écoute de la musique en ligne y est pleine de contraintes.
  • Les modèles internationaux qui viennent pénétrer le marché ne s’adaptent pas aux réalités locales et continuent à proposer un modèle d’écoute par abonnement mensuel, alors que 92% de la population consomme son internet par jour.
  • Enfin, le piratage est encore très présent et ne permet aucune rémunération pour les artistes. Même constat concernant Youtube qui choisit de rémunérer ses artistes à la publicité. Un modèle qui fonctionne en Occident mais qui très peu adapté aux revenus générés par la publicité sur le continent.

Ainsi, nous avons réfléchi à un modèle qui serait moins cher que la piraterie mais qui serait aussi une véritable source de rémunération pour les artistes locaux, les ayants droits.

Le projet WAW Muzik est ainsi né pour faire la jurisprudence des modèles existants sur le marché et pour cela, nous avons conclu un partenariat clé avec l’opérateur Orange en Côte d’Ivoire. Ensemble nous avons conçu un modèle de streaming musical pour l’Afrique basé sur un mode de paiement avec la technologie USSD, soit des crédits téléphoniques convertis en musique. Pour nous adapter aux réalités locales et aux modes de consommation, nous avons conçu des offres illimitées jour/3jours/semaine/mois et offert la connexion internet. A titre d’exemple, il est possible de souscrire à un Pass illimité d’une journée pour 100 FCFA sans toucher à son Internet. Et avec l’illimité, il est possible d’écouter près de 400 titres par jour, pour seulement 100 FCFA !

 

 

Qu’est-ce qui vous différencie de la concurrence ? En quoi votre modèle est adapté aux réalités locales ?

Aujourd’hui, en Afrique de l’Ouest, il est possible de consommer en moyenne deux à trois titres pour la somme de 100 FCFA. Avec WAW Muzik, il est possible d’en écouter 400 pour le même prix ! Cet internet qui coûte très cher en Afrique devient gratuit grâce à notre partenariat conclu avec Orange. C’est en effet une révolution pour les utilisateurs qui désormais ne paient plus leur Internet, mais paient leur musique moins chère que les sites gratuits et la piraterie.

La force de WAW Muzik réside dans son modèle complétement disruptif. En parallèle des offres pensées pour les consommateurs de musique, la rémunération devient alors très intéressante pour les artistes qui sont directement rémunérés via notre plateforme, sans passer par l’opérateur ou la publicité.

 

Combien de titres sont accessibles sur WAW Muzik ? Comment décririez-vous le catalogue ?

En termes de contenu accessible, nous comptons aujourd’hui 14 millions de titres accessibles via notre application et ce, sans aucune publicité. Pour cela, nous concluons des accords de partenariat stratégiques avec les « majors » comme Universal, Believe … Nous travaillons à une éditorialisation très « afro », très locale de notre contenu. C’est une obligation qui se transforme peu à peu en une force.

 

 

Pourquoi avoir choisi la Côte d’Ivoire comme point de départ ?

La Côte d’Ivoire est notre pays test et également un choix, car nous souhaitons y développer prochainement une vaste Cité de la Musique qui permettra de contribuer à la professionnalisation du secteur de la filière musicale. Concernant WAW MUZIK, nous visons une ouverture à d’autres pays de la zone francophone dès 2023.

 

 

Quel bilan pouvez-vous faire depuis ces quelques mois d’activité ?

Cela fait un peu moins d’un an que nous avons lancé le service WAW Muzik et les résultats sont au rendez-vous ! Sans aucune communication, nous avons atteint déjà 200 000 utilisateurs. Il s’agit majoritairement d’utilisateurs âgés de 14 à 35 ans dont 40% privilégient les abonnements à la journée contre 30% pour les 3 jours.

Notre modèle ne repose pas seulement sur du B2C mais également sur du B2B grâce au partenariat que nous avons conclu avec Orange qui propose désormais des Pass WAW Muzik directement à ses abonnés en Côte d’Ivoire.

Enfin, nous sommes ravis de constater que nous avons franchi la barre des 10 millions d’écoutes ! C’est une belle réussite mais elle demande à s’amplifier bien davantage.

 

Des mastodontes du streaming musical ont choisi d’ouvrir des bureaux en Afrique francophone subsaharienne. Quelles sont vos armes pour tenir face à de tels concurrents ? 

Nous sommes une startup portée par une équipe de 14 personnes et nous devons faire face aux acteurs internationaux qui ont beaucoup plus de moyens. Mais face à ces leaders qui arrivent sur le marché, nous sommes confiants car nous avons un modèle très différent, à la fois intéressant pour les artistes et pour les utilisateurs. Nous sommes en rupture avec le modèle freemium « traditionnel » ce qui constitue me semble-t-il, un véritable avantage compétitif. Un artiste ivoirien qui réalise un million d’écoutes sur un mois donné via une plateforme de streaming freemium ne gagne des revenus que si les recettes publicitaires sont bonnes. S’il n’y pas de recette, il n’y a pas de rémunération. En ce sens, notre modèle est complètement novateur. Je suis moi-même artiste, je connais par ailleurs les réalités sur le manque de transparence des modes de rémunération du streaming musical.

Chez WAW Muzik, au-delà de la rémunération, les artistes ont accès à une véritable vitrine. Ils peuvent obtenir de la data sur les habitudes de consommation de leurs titres, contacter leurs publics ou « fan base » pour organiser des concerts et événements, entreprendre des opérations de merchandising directement via la plateforme … Une plateforme créée par un artiste et pour les artistes.

Pays:

Côte d'Ivoire