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Entretien avec Jean-Noël Bah, fondateur de la société de production Scenarii

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Pouvez-vous nous présenter vos activités ?

Créée en 2009, Scenarii est une société de production audiovisuelle spécialisée dans la distribution, production, réalisation et la scénarisation. Le siège social est à Abidjan mais nous avons également une agence sur Conakry. Nous prévoyons également d’ouvrir une agence sur Dakar dans les mois à venir.

 

Pourquoi choisir de vous installer à Conakry et Dakar ?

Conakry car nous travaillions avec un réseau de partenaires installés sur place. Nous avons constaté un besoin en compétences dans le secteur de la production local, c’est pour cela que nous avons choisi de mettre en place une équipe sur place afin de pouvoir intervenir plus facilement sur des projets.

A Dakar, l’écosystème est différent de tout ce que j’ai pu observer dans les autres pays notamment au travers du projet de séries Capitales Africaines. Un projet qui m’a permis de sillonner le continent et d’observer le secteur de la production dans chaque pays. En arrivant à Dakar, j’ai découvert que l’écosystème sénégalais constituait une réelle opportunité pour la société de se développer dans le pays car il représente un gros pôle de production dans la sous-région.

La créativité existe de partout sur le continent mais une vraie industrie est en train de se mettre en place au Sénégal qui aborde le paysage audiovisuel avec une autre approche, avec un regard rivé vers l’intérieur. Par exemple, la plupart des films sont réalisés en Wolof, diffusés localement grâce à une forte implication de sponsors qui soutiennent financièrement la production locale.

Les modes de financement et de consommation du cinéma sont différents. Par exemple, les budgets sont à 50% financés par des opérateurs économiques, ce qui n’est pas encore possible dans d’autres pays. Nous devons nous en inspirer.

 

 Pouvez-vous nous présenter quelques-uns de vos projets ?

 Nous co-produisons notamment la série « Capitales africaines » diffusée sur A+. Il s’agit d’un concept de série élaboré à partir de deux constats : nos jeunesses et nos populations déprécient de plus en plus nos pays au profit de pays occidentaux alors que nos pays offrent aussi de belles opportunités.

Nous avons donc choisi de créer un concept pour révéler nos grandes villes africaines au grand jour. Ainsi, nous sillonnons les grandes capitales francophones africaines dans lesquelles nous « logeons » une série bien ancrée dans la réalité locale. La thématique commune à ses capitales reste la jeunesse. Nous mettons ainsi en avant la jeunesse, dans toute sa diversité et à tous les niveaux (éducation, emploi, sexualité, insertion sociale). Nous tentons également de mettre en avant des sujets majeurs tels que l’autonomisation de la femme car on estime que les femmes doivent être en mesure de se hisser au cœur du système de gouvernance de nos états. Toutes les histoires que nous racontons tournent autour de ces deux thématiques principales, adaptées aux réalités du pays.

Nous avons commencé par Conakry avec le retour des jeunes expatriés dans leur pays d’origine, puis nous avons continué avec Bamako, Niamey, Yaoundé … La dernière capitale de cette saison était Cotonou, pour laquelle nous avons abordé la question des nouvelles technologies. Nous sommes actuellement en tournage à Dakar pour les prochains épisodes dans lesquels nous parleront de l’immigration à travers l’histoire d’un jeune sénégalais, rapatrié d’Europe.  Pour chaque capitale nous tournons 30 épisodes. Nous compléterons par la suite avec Abidjan, Lomé et Kigali …

 

 

Vous travaillez dans le milieu depuis plus de 20 ans, comment voyez-vous l’évolution de la production audiovisuelle sur le continent ?

La formation, le financement et la diffusion ont évolué avec le temps. Ce sont trois piliers fondamentaux dans notre secteur d’activité.

 

  • La formation : pour ma part, je me suis formé seul à mon métier et c’est par passion que j’ai pénétré le monde de l’audiovisuel et du cinéma. De l’écriture de scénario à la recherche de financement et la réalisation, j’ai appris sur le « tas » ces différents métiers afin d’intervenir à tous les niveaux du processus de création. Aujourd’hui, la nouvelle génération qui sort des écoles a pu bénéficier d’une vraie formation. Les jeunes prennent le temps de travailler à nos côtés pour se performer et maitriser davantage les techniques. Nous constatons donc une réelle évolution et la qualité des nouveaux programmes réalisés sur le continent en attestent.

 

  • En termes de financement, nous constatons également une évolution même si celle-ci n’est pas suffisante pour nourrir suffisamment ces Acteurs. Nous avons de plus en plus de chaines de télévisions qui s’engagent dans la production en Afrique comme CANAL+ et son concept de « Création originale ». Ces acteurs permettent « d’oxygéner » le paysage audiovisuel sur le continent et de permettre à nos talents de démontrer leur savoir-faire. A+ et TV5Monde sont également parties prenantes et s’impliquent de plus en plus. De nouvelles chaines qui se créent sont également un important levier pour la production audiovisuelle locale : CANAL+ vient de lancer une nouvelle chaine 100% sénégalaise, SUNU YEUF, éditée par THEMA.

 

  • En termes de diffusion, les chaines nationales comprennent de plus en plus l’enjeu de l’achat des contenus. C’est encore timide si l’on regarde l’ensemble du continent : la dynamique n’est pas assez grande pour assurer une large couverture en termes de diffusion et de retour sur investissement mais cela est en bonne voie. Avec la fermeture de CFI, qui de mon point de vue avait une mauvaise influence sur les télévisions africaines, les chaines commencent de plus en plus à s’impliquer dans la production et dans l’achat pour la diffusion.

 

 

Selon vous, que faudrait-il faire pour aider au développement du secteur audiovisuel et en particulier la production ?

Le développement de l’audiovisuel devraient être selon moi une responsabilité de nos Etats car aujourd’hui, la production africaine dont on parle résulte d’initiatives privées et non d’une volonté politique. Si des politiques étaient mises en place, le paysage audiovisuel serait plus puissant, plus reconnu et plus respecté. Les pays puissants aujourd’hui comme les Etats-Unis sont des pays qui se sont construits avec le cinéma qui est un vecteur pouvant impulser tous les autres secteurs.

 

 

 

 

Pays:

Côte d'Ivoire