STARLINK,ORANGE-SONATEL, EUTELSAT les acteurs de la nouvelle bataille INTERNET au Sénégal

Au Sénégal, pays d’Afrique francophone subsaharienne le plus avancé en matière de connexion internet dans les grandes villes, un nouveau front vient de s’ouvrir pour améliorer la couverture de l’ensemble du territoire.

Depuis plusieurs années, les autorités sénégalaises affichent la volonté de réduire la fracture numérique entre Dakar, où la quasi-totalité de la population a accès à Internet, et les autres grandes villes et le reste du pays, où la connexion reste faible ou irrégulière. Cette disparité freine l’enseignement, l’accès à l’information, le développement des petites entreprises, mais aussi le fonctionnement des services publics locaux. Internet est devenu un service essentiel, qui devrait être accessible à tous. Or, les technologies classiques, comme la fibre optique ou les antennes mobiles, ne suffisent pas toujours : tirer des câbles sur de longues distances et installer des infrastructures dans des zones peu peuplées coûte très cher aux opérateurs.

C’est dans ce contexte que les solutions par satellite reviennent au premier plan, avec la promesse d’envoyer le signal depuis l’espace vers une petite antenne installée chez l’utilisateur ou au cœur d’un village.

Dans ce paysage, STARLINK, le service d’internet par satellite du milliardaire Elon Musk, et l’opérateur historique SONATEL-ORANGE, appuyé par le groupe européen EUTELSAT, avancent leurs pions avec leurs offres d’internet par satellite.

STARLINK a constitué un réseau de milliers de petits satellites qui tournent autour de la Terre et envoient le signal internet directement vers des antennes chez les particuliers, les entreprises ou les institutions.

Le service STARLINK est déjà disponible dans plusieurs pays africains, notamment le Nigeria, le Kenya, le Mozambique, le Rwanda, le Malawi et la Zambie. Il a également été lancé au Bénin, avec par exemple un abonnement mensuel à 30 000 FCFA et des frais initiaux pour le matériel de 400 000 FCFA.

SONATEL-ORANGE avance de son côté sur un chemin différent, mais avec le même but : élargir l’accès à internet grâce au satellite. Il s’appuie pour cela sur un partenariat avec EUTELSAT, groupe européen spécialisé dans les satellites de télécommunication. Contrairement à STARLINK, qui contrôle la totalité de la chaîne, EUTELSAT ne vend pas directement des abonnements au grand public ; il fournit une capacité satellitaire que les opérateurs utilisent pour construire leurs propres offres.

Grâce aux satellites d’EUTELSAT, SONATEL-ORANGE peut proposer des services gérés localement, avec une présence physique, des équipes sur place, des points de vente et un service après-vente ancré dans le pays. Pour certains, cela représente un modèle plus maîtrisable : l’infrastructure spatiale est internationale, mais la relation avec le client final reste entre les mains d’un acteur national bien connu. Cette configuration permet de garder un ancrage national fort : l’opérateur historique reste au cœur du système, en lien avec le régulateur, l’État et l’écosystème local des télécoms.

Début décembre 2025, SONATEL-ORANGE a lancé les premières offres d’internet illimité par satellite, en partenariat avec EUTELSAT au tarif de 30 000 FCFA par mois pour les ménages et de 44 900 FCFA pour les entreprises.

Dans ce nouveau contexte concurrentiel, l’arrivée de STARLINK au Sénégal a suscité de nombreuses réactions. Les syndicats de SONATEL-ORANGE, ainsi que ceux d’autres opérateurs comme YAS, EXPRESSO…, ont exprimé de nombreuses réserves et réclamé des clarifications sur le cadre réglementaire de cette arrivée.

Le directeur général de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP), Dahirou Thiam, a tenu à clarifier le statut de STARLINK au Sénégal, en affirmant que l’opérateur satellitaire est pleinement soumis au cadre réglementaire national, au même titre que l’ensemble des acteurs du secteur des télécommunications. Sans pour autant mettre un terme au débat

Plusieurs questions demeurent : quel type de licence a été accordé, pour quelle durée, avec quels engagements vis-à-vis de l’État et des consommateurs ? Où les données seront-elles stockées ? Qui pourra y avoir accès ? Quelles garanties existent réellement pour protéger la vie privée des citoyens ?

Entre STARLINK et les offres par satellite portées par SONATEL-ORANGE et EUTELSAT, le Sénégal se retrouve à la croisée des chemins. Ces solutions peuvent réduire la fracture numérique et connecter les zones les plus isolées, à condition que la concurrence soit encadrée, transparente et au service de l’intérêt général. L’enjeu n’est pas seulement technique : il touche aussi à la souveraineté numérique, à la protection des données et au choix d’un modèle de développement où l’innovation mondiale doit composer avec la force des acteurs locaux.