Rétrospective 2025, consolidation des tendances et nouvelles dynamiques

L’année 2025 consolide plusieurs tendances déjà évoquées en 2024 mais se caractérise également par la volonté des acteurs privés qu’ils soient français ou africains, publics ou privés, de participer au développement du marché de la communication et des médias africain.

Sur tout le continent, les acteurs du secteur audiovisuel, de l’information, du digital et de la communication s’organisent pour profiter de cette nouvelle dynamique, pour initier de nouvelles offres et prendre des positions sur un marché qui continue de se structurer et se développer malgré les aléas géopolitiques.

LES 8 FAITS MARQUANTS DE 2025

  • La CAN 2025 : un sujet de tensions et de passions 

La Coupe d’Afrique des Nations 2025, organisée au Maroc et disputée depuis la mi-décembre, a une nouvelle fois confirmé le rôle central du football comme moteur d’audience, de cohésion sociale et de ferveur populaire sur le continent africain.

Cette édition 2025 est marquée par la non-exclusivité et donc par une concurrence inédite.

Au Cameroun par exemple, la CRTV, CANAL2 et Equinoxe TV, les 3 chaines les plus regardées du pays diffusent la compétition. Il en est de même en Côte d’ivoire pour la RTI et NCI qui co-diffusent les matchs.

Mais la CAN 2025 est aussi pour le groupe CANAL+ au cœur de sa stratégie de valorisation de ses offres payantes. CANAL+ a ainsi lancé à cette occasion, une chaîne événementielle dédiée, CANAL+ CAN.

Dans ce contexte de concurrence exacerbée tout ce qui vient enrichir la retransmission des matchs (avant et après match, consultants prestigieux, magazines, reportages, résumés.. ) peut faire la différence et les chaines qui en ont les moyens ont aussi misé sur cet enrichissement éditorial.

La CAN est pour les chaines publiques le plus souvent soutenues par l’Etat une quasi- obligation. L’argument le plus entendu étant que la population ne comprendrait pas que tous les matchs ne soient pas diffusés sur la chaine d’Etat.

C’est la raison pour laquelle à quelques semaines du coup d’envoi, les grandes chaînes publiques ont saisi la Confédération africaine de football (CAF), dénonçant un accès partiel à la compétition : le package proposé par la société NewWorld TV qui commercialise pour le compte de la CAF les droits gratuits ne portait, pour les chaines dites gratuites que sur les 33 meilleurs matchs sur les 52 que compte la compétition.

La CAF n’a jamais officiellement répondu aux signataires mais, dans ce feuilleton à rebondissement, la Côte d’Ivoire fait figure d’exception : grâce à un appui direct de l’État, la RTI et NCI ont conclu quelques heures avant le match d’ouverture, un accord avec la CAF, New World TV et CANAL+, leur permettant de diffuser l’ensemble de la compétition.

  • Le rachat de MultiChoice par CANAL+ : naissance d’un champion panafricain de la télévision payante

L’autre événement structurant de 2025 est sans conteste la finalisation, le 22 septembre, du rachat de MultiChoice par CANAL+, pour un montant estimé à 2,5 milliards d’euros, après près de deux années de procédures complexes.

Cette opération marque un tournant historique pour l’industrie audiovisuelle africaine. En réunissant les actifs de CANAL+ Afrique et ceux de MultiChoice (DStv, Showmax…), le nouvel ensemble se positionne comme le premier groupe panafricain capable de rivaliser, à l’échelle du continent, avec les grandes plateformes internationales de streaming : Netflix, Disney+, Amazon Prime Video ou DAZN.

Contrairement à une idée reçue, les principaux concurrents de ce nouveau géant ne sont pas les chaînes gratuites nationales, mais bien les plateformes OTT mondiales, qui ciblent les mêmes segments urbains, connectés et solvables.

Pour la création africaine, les enjeux sont considérables. Ce rapprochement permet une massification des investissements, une mutualisation des savoir-faire éditoriaux et techniques, et une capacité renforcée à produire des fictions, séries et divertissements pensés pour les publics africains, et répondant aux standards internationaux de qualité.

  • TF1+ : l’offensive du leader du streaming gratuit français en Afrique francophone

L’année 2025 a également été marquée par l’entrée offensive de TF1 sur les marchés africains, avec le lancement, à la mi-année, de sa plateforme TF1+ dans 27 pays d’Afrique francophone et du Maghreb.

L’ambition affichée est claire : faire de TF1+ un acteur majeur du streaming gratuit premium dans l’espace francophone, en s’appuyant sur un modèle financé par la publicité et sur un catalogue riche de près de 20 000 heures de programmes.

Déjà bien implanté en Belgique au Luxembourg et en Suisse, le groupe TF1 applique en Afrique une stratégie de déploiement progressif et de long terme, consciente des réalités locales : diversité des cadres réglementaires, contraintes de connectivité, disparités économiques et enjeux géopolitiques.

Si le succès ne peut être évalué à court terme, TF1+ dispose d’atouts structurels : puissance de marque, capacité d’investissement, expertise publicitaire et flexibilité éditoriale, autant d’éléments susceptibles de lui permettre de s’installer durablement dans l’écosystème numérique africain

  • TV5 Monde : repositionnement stratégique et modernisation éditoriale

Autre acteur clé de la francophonie audiovisuelle, TV5 Monde a engagé en 2025 une transformation en profondeur, sous l’impulsion de sa nouvelle présidente, Kim Younes.

Cette refonte s’est traduite par une nouvelle identité visuelle et sonore, des décors modernisés pour les journaux télévisés, une réorganisation de la rédaction et le lancement de nouveaux formats. L’objectif : rajeunir l’image de la chaîne, renforcer sa lisibilité éditoriale et mieux répondre aux attentes des publics africains et internationaux.

Parmi les nouveautés phares figure l’émission Les Nouveaux Boss, emblématique d’une tendance lourde observée en 2025.

  • L’explosion des talent shows et de la téléréalité : un modèle économique éprouvé

En 2025, les talent shows et formats de téléréalité ont littéralement envahi les grilles de programmes : The Voice Africa, L’Afrique a un incroyable talent, Nouvelle reine, The Bachelor et bien d’autres.

Ce succès repose sur plusieurs leviers économiques et éditoriaux :

  • Fortes audiences récurrentes, attractives pour les annonceurs,
  • formats éprouvés, souvent adaptés de licences internationales
  • Valorisation des talents locaux, renforçant l’identification du public
  • Interaction digitale, avec un prolongement massif sur les réseaux sociaux
  • Ciblage des jeunes audiences, essentielles pour la pérennité des chaînes

Ces émissions combinent les codes de la fiction et du sport : narration, suspense, émotion, compétition, faisant d’elles des produits particulièrement performants dans des marchés publicitaires en mutation.

  • Médias d’information : une nouvelle année de tensions et de sanctions

À l’inverse, l’année 2025 a été particulièrement difficile pour les médias d’information internationaux francophones ou non.

Comme cela avait déjà été le cas en 2024, plusieurs chaînes et radios ont été suspendues ou sanctionnées dont :

Ces décisions s’inscrivent dans un contexte politique tendu, aggravé par le retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) en mars 2025, et par la remise en cause du français comme langue officielle.

Pour les médias francophones et la francophonie , ces évolutions posent une question stratégique majeure : l’intégration accrue des langues locales -en doublage ou en sous-titrage – pourrait devenir une condition indispensable pour maintenir l’accès aux publics et préserver leur influence.

  • Salons, forums et remise de prix : structuration accélérée de l’écosystème

Parallèlement, 2025 a vu une multiplication des salons, forums et rencontres professionnelles, souvent soutenus par les États dans une course à hégémonie régionale :

Ces événements sont devenus de véritables plateformes de networking, d’influence et de co-construction des politiques médiatiques.

Par ailleurs, les cérémonies de prix comme l’African Cristal Festival, les Sotigui Awards, LFC Awards, 7even Awards, L’Afrique fait son cinéma– témoignent également de la maturité croissante du secteur publicitaire et u monde du cinéma et de leur volonté de reconnaissance internationale.

  • 2026 en ligne de mire : l’IA comme accélérateur de transformation

Les perspectives pour 2026 confirment une tendance de fond : l’intelligence artificielle va s’imposer comme un levier central de transformation dans les métiers de la communication et des medias.

Déjà présente dans la production audiovisuelle, la création publicitaire le journalisme ou la traduction, son usage s’accélère rapidement. Un sondage mené avec Adweknow révèle que 80 % des professionnels de la publicité ayant connaissance de l’IA l’utilisent déjà.

Avec l’évolution rapide d’outils comme Gemini, ChatGPT ou Midjourney, les contenus partiellement ou totalement générés par l’IA vont se multiplier, y compris en Afrique, comme l’illustre le clip dédié aux Lions de la Téranga entièrement réalisé en IA pour la CAN 2025 par l’agence Sen Meta Digital, agence de marketing digital spécialisée dans la création de contenus innovants avec l’IA.