À l’occasion de la rentrée 2026, A+ Ivoire mise sur la consolidation de ses programmes à succès tout en poursuivant ses investissements dans la fiction et les productions locales. De Les Nounous à Échappées Ivoiriennes, en passant par de nouvelles coproductions au Cameroun et au Bénin, Michel Mutombo-Cartier, directeur général des chaînes A+ et A+ Ivoire, défend une stratégie fondée sur la création, la circulation des talents et des contenus à l’échelle africaine. Mais il revient aussi sur un sujet qui continue de peser sur le marché ivoirien : l’absence de mesure d’audience.
ADWEKNOW : Comment se présente cette rentrée 2026 pour A+ Ivoire ?
Michel Mutombo-Cartier : C’est une rentrée à la fois dans la continuité et dans le renouvellement. Au fil des années, nous avons installé des émissions, des séries et des incarnations auxquelles le public est attaché. Lorsqu’un programme rencontre son public, notre rôle est aussi de l’installer dans la durée et d’en faire un véritable rendez-vous.
Mais une rentrée, c’est également de la nouveauté. Nous allons donc continuer à développer de nouveaux formats, de nouvelles émissions et de nouvelles fictions.
Notre ambition reste de proposer une télévision populaire, moderne, généreuse et profondément ancrée dans les réalités ivoiriennes, tout en portant un regard de plus en plus panafricain.
ADWEKNOW : Quels sont les programmes qui vont structurer cette nouvelle saison ?
Michel Mutombo-Cartier : Nous poursuivons notamment le développement de nos émissions de flux comme On se dit les Gbê, C Djinzin ou Dimanche Garba. L’objectif est de créer des habitudes et des rendez-vous avec le public.
Ces programmes ont également une seconde vie sur le digital. Une émission ne s’arrête plus au moment où elle quitte l’antenne : elle génère des séquences, des conversations et des communautés sur les réseaux sociaux.
Nous voulons donc accompagner davantage les Ivoiriens dans leur quotidien, tout en continuant à renouveler notre offre.
ADWEKNOW : La fiction reste également un pilier de votre stratégie.
Michel Mutombo-Cartier : Oui, clairement. Nous allons continuer à investir dans la fiction parce que nous constatons que c’est l’un des piliers forts de la fidélisation.
Les Nounous est probablement l’un des meilleurs exemples de ce que nous cherchons à construire. Après trois saisons, la série est devenue une marque forte d’A+ Ivoire et son succès dépasse aujourd’hui le seul marché ivoirien.
Nous avons d’ailleurs une illustration intéressante avec Madagascar. Les droits de la série y ont été acquis afin de produire une adaptation en langue malgache. Nous ne produisons pas directement cette nouvelle version : ce sont des acteurs locaux qui se sont approprié le concept.
C’est très intéressant pour nous. Une création née en Côte d’Ivoire peut ainsi être reprise dans un autre pays africain, adaptée à sa culture et à son public.
ADWEKNOW : Cette circulation concerne aussi les nouvelles productions du groupe ?
Michel Mutombo-Cartier : Absolument. Nous travaillons notamment avec Lully Grace et son producteur Franck Vlehi sur un nouveau projet de fiction pour 2027.
Nous allons également retrouver Ebenezer Kepombia, avec lequel nous avions coproduit La Bataille des Chéries, pour une nouvelle coproduction camerounaise.
Notre logique n’est pas seulement d’acheter des programmes terminés. Lorsque les projets s’y prêtent, nous voulons être présents dans la création, accompagner les producteurs et coproduire des œuvres qui pourront ensuite être exposées sur les différentes antennes A+.
ADWEKNOW : Cette logique suppose aussi de faire circuler les talents.
Michel Mutombo-Cartier : C’est un point qui nous tient beaucoup à cœur. Nous avons énormément de talents en Côte d’Ivoire et partout en Afrique francophone. Il faut leur permettre de se rencontrer et de travailler ensemble.
Un comédien ivoirien doit pouvoir participer à une production camerounaise. Un auteur, un réalisateur ou un technicien camerounais doit pouvoir travailler sur un projet développé ailleurs sur le continent.
La présence panafricaine d’A+ nous donne une position particulière pour créer ces passerelles.
ADWEKNOW : Vous développez également de nouveaux formats, notamment Échappées Ivoiriennes.
Michel Mutombo-Cartier : Oui. Nous voulions proposer un programme différent, plus événementiel, avec un rendez-vous mensuel en prime time.
Échappées Ivoiriennes, produit par Demba Seck, sera diffusé une fois par mois, le premier vendredi du mois à 20h30. Le principe est simple : faire découvrir la Côte d’Ivoire à travers le regard et l’expérience d’un duo.
Cela peut être deux amis, un couple, des membres d’une même famille… Deux personnes qui ont une histoire et une complicité et qui partent ensemble à la découverte d’un territoire.
À travers leur regard, leurs rencontres et leur expérience, on découvre une région, ses paysages, sa culture, sa gastronomie, ses habitants et ses traditions. Parfois aussi des endroits que les Ivoiriens eux-mêmes connaissent peu.
C’est une autre manière de raconter la Côte d’Ivoire. Nous sortons des plateaux pour aller à la rencontre du pays et de ceux qui le font vivre.
ADWEKNOW : Pourquoi avoir choisi un rendez-vous mensuel en prime time ?
Michel Mutombo-Cartier : Parce que nous voulons en faire un véritable rendez-vous événementiel. C’est un programme de 90 minutes qui permet de prendre le temps : de belles images, de la découverte, de l’émotion et surtout de l’humain.
Nous avions déjà Viens chez moi, qui reste diffusé chaque semaine. Échappées Ivoiriennes est différent dans son format et dans son ambition.
ADWEKNOW : Vous avez également évoqué un nouveau projet avec le Bénin.
Michel Mutombo-Cartier : Oui. Nous travaillons sur un nouveau projet à l’horizon 2027, probablement entre 50 et 100 épisodes.
Il existe une vraie dynamique de création au Bénin. Les producteurs investissent, les acteurs sont formés et montent progressivement en compétence. Nous voulons continuer à accompagner cette dynamique.
Et ce qui est intéressant avec le réseau A+, c’est que les productions ne restent pas nécessairement sur le territoire où elles sont produites. Une série produite au Bénin peut être diffusée en Côte d’Ivoire et inversement.
ADWEKNOW : Mais pour savoir si ces programmes fonctionnent réellement, vous restez confrontés à l’absence de mesure d’audience en Côte d’Ivoire.
Michel Mutombo-Cartier : C’est effectivement un vrai problème. Nous avions commencé à recevoir les premières données de Kantar, puis la situation s’est compliquée. Un nouvel opérateur, Think Tank Media, a ensuite été désigné. Mais à ce jour, nous n’avons rien reçu.
ADWEKNOW : Comment pilote-t-on une chaîne dans ces conditions ?
Michel Mutombo-Cartier : C’est compliqué. Aujourd’hui, nous nous appuyons beaucoup sur le digital, le replay, les réseaux sociaux, le bouche-à-oreille et les remontées des autres territoires.
Pour Les Nounous, par exemple, nous n’avons pas eu de mesure d’audience officielle en Côte d’Ivoire pour la troisième saison. Mais nous avons vu que la série fonctionnait dans les autres pays, qu’elle recevait des récompenses et que le public continuait à la réclamer.
Ce sont des signaux, mais nous avons besoin que nos intuitions soient corroborées par des chiffres.
ADWEKNOW : Est-ce que cette absence de données pèse sur vos choix de production ?
Michel Mutombo-Cartier : Elle complique les choses. Je travaille très étroitement avec notre régie. En fonction de ce qu’elle peut ramener, nous pouvons développer des programmes supplémentaires.
Au-delà du budget antenne, il y a la publicité, le sponsoring et le placement de produit. Sur certaines fictions, lorsque nous dégageons des recettes supplémentaires, nous pouvons les réinjecter dans la production.
C’est pour cela que tout le monde a a intérêt à ce que le marché publicitaire progresse. La Côte d’Ivoire est dynamique, le secteur audiovisuel bouge, mais il pourrait aller beaucoup plus loin.
ADWEKNOW : Vous avez justement le sentiment que la production ivoirienne est en train de changer d’échelle ?
Michel Mutombo-Cartier : Oui. Aujourd’hui quand cinq séries sont tournées simultanément à Abidjan, il devient difficile de trouver des professionnels disponibles. Les bons profils sont très sollicités.
Il y a donc une vraie dynamique, mais elle doit être accompagnée par la formation. Nous ne pouvons pas vouloir produire davantage en Afrique sans contribuer à la montée en compétences de l’ensemble de l’écosystème.
ADWEKNOW : C’est aussi le sens des masterclasses que vous développez ?
Michel Mutombo-Cartier : Exactement. Nous allons renforcer les masterclasses et les rencontres avec les professionnels, mais aussi les passerelles avec les écoles et établissements de formation, notamment l’ISTC Polytechnique et l’INSAAC.
Je tiens beaucoup à cette dimension. Il faut permettre aux étudiants de rencontrer ceux qui exercent réellement ces métiers : producteurs, réalisateurs, techniciens, auteurs, animateurs, comédiens…
Il faut progressivement rapprocher la formation académique de la réalité des plateaux.
ADWEKNOW : Et malgré l’absence de mesure, comment évaluez-vous aujourd’hui la position d’A+ Ivoire ?
Michel Mutombo-Cartier : Nous sommes globalement bien positionnés, même si cela dépend des périodes. Lorsqu’une autre chaîne diffuse un grand événement sportif ou lorsqu’il y a un événement majeur d’actualité, nous sommes logiquement confrontés à cette concurrence. A+ Ivoire n’est pas une chaîne sportive ou d’information.
Mais certains programmes montrent une vraie capacité à fédérer. Les Nounous, par exemple, a été diffusé pendant une Coupe du monde et nous avons réussi à maintenir une bonne dynamique. À la fin de la compétition, le public est revenu encore davantage vers la série.
Nous avons également organisé un prime autour des Nounous, qui a très bien fonctionné. Cela nous donne envie de réfléchir à d’autres déclinaisons.
ADWEKNOW : Finalement, quelle est votre ambition pour A+ Ivoire dans les prochaines années ?
Michel Mutombo-Cartier : Nous voulons une chaîne profondément ancrée en Côte d’Ivoire, mais pleinement ouverte sur l’Afrique.
Notre ambition est de contribuer, à notre niveau, à une industrie audiovisuelle africaine plus forte : une industrie capable de créer ses propres marques, de former ses talents, de produire ses propres histoires et surtout de les faire voyager.
Il faut maintenant continuer à structurer cet écosystème, à investir dans les talents, dans la production et dans la formation. Et, bien sûr, disposer d’un marché publicitaire suffisamment solide pour accompagner cette dynamique.
Illustration : photographie de Néhémienathan, sous licence CC BY-SA 4.0. Fond et composition adaptés avec assistance IA par Adweknow, sous la même licence.




