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Entretien avec Jean-Claude Tshipama, CEO pour l’initiative Konnect Africa d’Eutelsat

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Jean-Claude Tshipama est originaire de République Démocratique du Congo. Il a débuté sa carrière chez Celtel (devenu Zain puis Airtel) en tant que directeur commercial. Il a ensuite rejoint Digicel, opérateur de téléphonie mobile basé en Jamaïque puis accompagné le développement des activités de l’opérateur en Haïti. Il choisit ensuite de retourner en Afrique pour travailler chez Microsoft, au Sénégal d’abord puis en Côte d’Ivoire en tant que directeur des ventes et de la distribution pour la zone Afrique de l’Ouest et Afrique centrale. A l’issue de cette mission, il rejoint en 2012 le groupe Canal + en tant que directeur général pour l’entité en RDC. En parallèle de cela, il devient membre du Conseil d’administration en tant que membre non exécutif d’Equity Bank Limited dont le siège est à Nairobi et qui opère dans six pays africains. Enfin, depuis mars 2018 il occupe les fonctions de CEO pour l’initiative Konnect Africa d’Eutelsat.

 

Vous avez pris en 2018, la présidence  du projet Konnect Africa ? quelle est votre mission ?

Konnect Africa est une initiative, une marque, dont la mission est de développer l’activité internet haut débit par satellite sur la partie anglophone et francophone du continent africain.

 

A quel stade de son déploiement en êtes-vous aujourd’hui ?

Après l’incident, sur le pas de tir, du satellite israélien Amos-6 en 2016 que nous devions opérer conjointement avec Facebook, nous avons signé avec Yahsat, opérateur international de satellites basé à Abu Dhabi, un accord pluriannuel portant sur une location de ressources de haute performance en bande Ka permettant le déploiement de notre service internet haut débit en Afrique subsaharienne.

Nous avons pris une première capacité intermédiaire en 2017, ce qui nous a permis d’être opérationnels au Nigéria, Cameroun, Kenya, Tanzanie, Ouganda et également en Afrique du Sud (principalement la partie anglophone). Au mois de septembre, nous avons pu bénéficier de capacité additionnelle pour déployer le service dans les pays francophones. Donc actuellement, nous couvrons 20 pays en Afrique francophone et anglophone.

A l’horizon 2020, nous procèderons à la mise en service de notre propre satellite « Konnect » qui couvrira lui, 40 pays du continent.

 

Quelles sont les ambitions d’un tel projet ?

 Grâce au développement de Konnect Africa, notre ambition est de devenir le leader du marché.

Nous avons l’avantage d’être un groupe leader au niveau mondial dans les satellites. Nous avons une expertise européenne en bande Ka sur l’ensemble de l’Europe. Nous voulons donc amener cette expertise en Afrique, au cœur de nos équipes africaines pour être en mesure d’offrir un service de qualité : un service abordable, à des coûts défiant toute concurrence, déployé sur l’ensemble du territoire grâce à des partenariats locaux.

Ces partenariats seront réalisés avec les opérateurs télécom d’un côté, leur permettant ainsi de compléter leurs offres fibre et 3G/4G ; d’un autre côté, des partenariats avec des fournisseurs d’accès internet (FAI) ; nous avons également des distributeurs regroupant des acteurs tels que des commerces, des banques ou des distributeurs de Pay TV. Cette diversification de notre réseau de distribution sera selon nous, un facteur de succès.

 

Quelles seront les cibles de clientèle de ce nouveau service ?

 Notre clientèle cible se compose de trois entités :

  • Les entreprises : de la grande entreprise à la plus petite et moyenne entreprise. Que ce soit des fermes, des plantations, des exploitations minières ou encore des stations de carburant et les banques. Ce sont toutes des entreprises qui ont la particularité d’être implantées dans des zones reculées mal couverte aujourd’hui par les technologies existantes. Cela concerne beaucoup de clients entreprises : c’est notre offre B2B.
  • Nous avons également pour cible, le client résidentiel : des familles qui ont les moyens d’avoir une connexion internet ainsi qu’un équipement abordable.
  • Enfin, « monsieur et madame tout le monde » qui n’ont pas les moyens de s’équiper pour une connexion internet basique. Pour cela, nous allons développer le réseau « Smart Wifi », un réseau de bornes wifi partagées dans les milieux semi-urbains et ruraux. Ce service sera proposé à un coût extrêmement compétitif. Les tarifs commenceront à partir de 25 centimes d’euros pour des volumes, vitesse et localisation de qualité. Avec « Smart Wifi » tout magasin, restaurant, hôtel, centre de soins, école ou même particulier, peut devenir un point de connexion pour la population locale.

Cela nous permettra également de créer un réseau de revendeurs de nos solutions et de favoriser la création de petits business à l’échelle d’un village, ainsi que de la création d’emploi indirect dans ces milieux ruraux. C’est une solution à un prix abordable qui permettra aux populations reculées d’accéder à l’emploi, de connecter les écoles ou encore les centres de santé avec en plus la possibilité d’avoir du contenu gratuit accessible pour tous comme du contenu éducatif. Par exemple, la mise à disposition de plateformes gratuites comme Wikipédia.

 

Comment Konnect africa peut-il répondre aux enjeux liés au développement d’internet sur le continent africain ?

Il existe de nombreuses problématiques. Premièrement des problématiques liées aux infrastructures. La fibre a montré ses limites, du moins sur la partie du financement car les modèles économiques ne fonctionnent pas dans tous les cas. A date, nous avons vu que seuls les pays qui ont accès direct sur la mer et qui peuvent donc bénéficier des câbles sous-marins peuvent accéder à une connectivité via la fibre. L’enjeu du développement des infrastructures est donc crucial. Konnect Africa vient apporter une solution dans le sens que, les satellites géostationnaires ont l’avantage de couvrir une grande superficie de territoire.

Deuxième enjeu : le partenariat avec les régulateurs, les gouvernements locaux, pour être en mesure de faciliter le déploiement de services internet dans la mise en place des politiques pour favoriser l’accès des populations à internet. D’autres problématiques sont également cruciales et sont en dehors de notre champ d’action comme celles sur l’accès aux énergies, à l’électricité.

 

Concrètement quels sont les secteurs qui pourront le mieux bénéficier de vos services ?

La Commission des Nations Unies sur les Télécoms estime que 10% de taux de pénétration d’internet a un impact sur la croissance économique des pays africains à hauteur de 1.4 à 1.5. L’accès à un service internet haut débit est un vrai levier, un vrai facteur de développement pour de nombreux pays.

Lors d’un séjour au Kenya, j’ai eu l’occasion de visiter une plantation de thé. Pour le producteur en charge de l’exploitation, le fait d’avoir internet lui permet d’être en contact direct avec son broker, son négociant qui lui traite avec les différents importateurs de thé aussi bien en Europe qu’en Asie. Il a également accès à de l’information en temps réel : il peut ainsi faire des prévisions liées à ses activités et donc se développer.

Nous revenons également d’Afrique du Sud où nous avons rencontré des fermiers qui ont des problématiques de sécurisation de leurs exploitations et donc de leurs productions. Notre solution de couverture internet par satellite sur les zones les plus reculées leur permettrait donc de pouvoir sécuriser leur production et de les accompagner dans le développement de leurs activités.

Pour le secteur de la banque également qui se développe uniquement dans les zones urbaines. Avec le déploiement de notre service, nous avons pour ambition de développer ce secteur dans les milieux ruraux où les banques demeurent absentes, où le micro-financement de projets n’existe pas.

 

Pays:

Panafricain