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Entretien avec Sinatou Saka et Edem Gbetoglo, membres du projet Idemi Africa

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Interview croisée de Sinatou Saka, journaliste et chef de projet éditorial chez Radio France International et d’Edem Gbetoglo, blogueur issu du réseau Mondoblog. Ils font partie du collectif à l’origine du projet Idemi Africa lancé le 29 octobre dernier.

 

Comment est né le projet Idemi Africa ?

S.S : Idemi Africa s’inscrit dans la droite ligne du dernier ouvrage de Felwine Sarr où il propose une nouvelle manière de regarder « l’Afrique en mouvement » en prenant en compte l’histoire du continent, la culture, le spirituel, les relations humaines. Les langues africaines étant essentielles dans l’histoire de ce continent, elles participent donc à la représentation de cette histoire dans le monde et notamment sur le numerique où près de 80% du contenus existent dans seulement 10 langues occidentales.

 

E.G : Idemi et née tout simplement à partir d’une discussion entre plusieurs acteurs africains qui entendent rendre visibles les langues africaines sur le Web.

 

Que signifie « Idemi » ?

E.G : Idemi vient de Edemi, qui veut dire “ma langue” en Yoruba.

 

Pouvez-vous me parler du collectif, qui en sont les membres ?

E.G : Idemi regroupe en son sein plusieurs acteurs africains de différentes nationalités. L’objectif est de créer un réseau qui pourra impacter et qui a du sens non pas seulement en Afrique francophone mais sur tout le continent africain. A ce jour dans le collectif il y a aussi bien des linguistes que des personnes spécialisées dans les nouvelles technologies.

Alpha Mobe, Tafsir Balde, Syntyche Gbèhounou, Justin Ahinon, Murielle Anagonou, Ifèdé Adjobo, Mylène flicka, Raoul Letchede, Fernando Djossou, Stéphanie Asare, Thomas Akpaho, Esperan Padonou, Alain Tshibanda, Edem Gbetoglo, Charles Hounvide et moi sommes les membres du collectif qui est ouvert à tous.

 

Quelles sont les ambitions d’un tel projet ?

E.G : L’objectif premier de la plate-forme est de créer un réseau d’acteurs de la promotion de langues africaines sur le web. Nous pensons également offrir cet espace pour la production de données dans les 50 langues africaines les plus répandues et les rendre accessibles en open data à destination de développeurs d’applications et du grand public. Cette mission permettra une émulation autour des langues africaines et créera un intérêt pour les technologies appliquées aux langues africaines.

 

Concrètement, qu’est-ce que votre plateforme pourra apporter ?

S.S: Trois choses :

  • Rendre visible l’existant en langues africaines sur le web ;
  • Fédérer, structurer toutes les initiatives autour des langues africaines et du numérique afin de leur donner plus de poids et d’impact ;
  • Encourager et produire des données en langues africaines sur le numérique à destination de développeurs de solutions numériques pouvant améliorer le quotidien des africains ne parlant pas les langues occidentales.

 

Quels sont les enjeux de la représentation des langues africaines sur le web ?

S.S : Il y a un vrai risque que ces langues disparaissent si elles ne sont pas plus visibles sur internet. Aujourd’hui elles (plus de 2000 langues dont 400 ecrites) représentent moins de 15% du contenu qui existe aujourd’hui sur internet.

Pourtant nous avons des écrivains, des cultures et un tas de choses en langues africaines qui méritent d’être sur internet car l’espace numérique doit être ouvert et inclusif. C’est essentiel pour la compréhension de notre monde.

 

La valorisation des langues africaines peut-elle contribuer à changer la présence, la représentation de l’Afrique sur le web ?

S.S : Oui complètement parce qu’elles représentent un patrimoine très important en termes de quantité mais aussi de qualité. Comme le dit Souleymane Bachir Diagne, les langues africaines sont porteuses de réflexion et de création.

 

Vous organisez prochainement un Hakathon, en quoi consiste-t-il ?

S.S : Nous organisons cet évènement les 13 et 14 decembre avec le llacan, un laboratoire spécialisé sur les langues du CNRS. Il s’agit de deux jours pendant lesquels des personnes d’horizons différents, chercheurs, graphistes, journalistes ou développeurs web réfléchiront à des outils et des solutions très concrètes pour rendre les langues africaines plus visibles sur internet. Le but c’est aussi de décloisonner les domaines et créer une réelle émulation autour des langues africaines sur Internet. L’événement aura lieu sur le campus du CNRS à Villejuif.