ITW : Cléli AZOKPOTA, Directrice générale d’ A+ Bénin : « L’enjeu est maintenant de monter en capacité »

Portrait de Cléli Azokpota, directrice générale d’A+ Bénin, sur un fond ivoire aux accents jaunes et bleus.

A+ Bénin vient de célébrer ses trois ans. Comment avez-vous marqué cet anniversaire ?

Nous tenions à marquer la date anniversaire. En juillet, nous avons proposé une émission spéciale qui revenait sur les moments forts de ces trois premières années, avec un clin d’œil particulier à nos téléspectateurs. Nous avons également réalisé un clip de rentrée pour accompagner cette nouvelle saison.

Trois ans, c’est aussi l’occasion de mesurer le chemin parcouru et de regarder les prochaines étapes.

A+ Bénin est une joint-venture entre le groupe CANAL+ et l’État béninois. Comment est née cette chaîne ?

Il y a trois ans, l’État béninois a exprimé la volonté de promouvoir la culture béninoise, au sens large, et d’accélérer le développement du secteur audiovisuel national. Dans ce cadre, il a souhaité s’appuyer sur l’expertise du groupe CANAL+.

A+ était déjà une marque bien installée et clairement identifiée au Bénin. La création d’A+ Bénin était donc une déclinaison assez naturelle. Nous avons construit un positionnement de chaîne mini-généraliste, avec une forte place accordée à la fiction, au divertissement, aux magazines et au sport.

En trois ans, quels programmes ont particulièrement trouvé leur public ?

Nous avons aujourd’hui plusieurs rendez-vous bien installés.

« On se parle cash », notre émission de débats animée par Frida Elisha et diffusée quotidiennement à 14 heures, est devenue un véritable rendez-vous pour les téléspectateurs. Le programme aborde des sujets du quotidien et a trouvé sa place dans les habitudes de consommation.

« Tout le monde peut jouer », présenté par Astrid Djidjoho à 19h30, est notre grand jeu familial quotidien. Cet été, nous avons également proposé sa déclinaison « Tout le monde en vacances ».

Nous avons aussi « Mon Beau Bénin », un magazine culturel itinérant diffusé le dimanche à 14 heures. L’objectif est de faire découvrir les différentes régions du pays, mais aussi les initiatives et les événements qui font vivre la culture béninoise. Nous avons notamment consacré des numéros spéciaux aux Vodun Days, à la Gaani ou encore au festival des masques.

Vous allez également lancer un nouveau magazine, « Regards croisés ». De quoi s’agit-il ?

« Regards croisés » est un magazine de découverte humaine de 70 minutes qui sera lancé en novembre, le samedi à 20h30.

Le concept repose sur l’immersion et la rencontre. À travers des binômes de candidats, les téléspectateurs vont découvrir ou redécouvrir le Bénin à travers des expériences humaines, des rencontres et des territoires.

C’est aussi une manière de poursuivre ce que nous faisons déjà avec « Mon Beau Bénin » : montrer un Bénin qui ne se limite pas à Cotonou.

Justement, quelle place souhaitez-vous donner à la production locale dans votre grille ?

C’est un enjeu important pour nous. La production locale ne se limite pas à la fiction. Elle concerne aussi les magazines, les jeux, les programmes de divertissement et, bien sûr, le sport.

Nous cherchons à développer des formats qui parlent au public béninois tout en pouvant intéresser un public plus large.

La fiction semble néanmoins constituer un axe de développement important. Où en êtes-vous ?

L’enjeu est maintenant de monter en capacité. Nous travaillons notamment sur une nouvelle série de 60 épisodes de 26 minutes, destinée à être produite et réalisée par Kismath Baguiri, qui a notamment travaillé sur plusieurs séries comme « Apparences » ou « Charles Ornel ».

Le projet est une histoire d’amour contrariée qui se déroule au Bénin. C’est un projet important par son format : 60 épisodes de 26 minutes représentent un véritable investissement en écriture et en production.

Cette série sera-t-elle diffusée uniquement sur A+ Bénin ?

Non. Elle a vocation à être reprise sur A+ et sur les différentes déclinaisons de la chaîne.

C’est un point essentiel dans notre démarche. Lorsqu’on produit une série au Bénin, elle doit évidemment trouver son public au Bénin, mais nous devons aussi penser à sa capacité à voyager. L’enjeu est de contribuer au développement d’une fiction africaine capable de circuler sur les différents marchés où A+ est présente, notamment en Afrique et auprès des publics africains en Europe.

La production est-elle pilotée par A+ Bénin ou par la direction de la fiction d’A+ ?

C’est un travail conjoint. Nous sommes très attentifs à faire émerger les talents béninois et à préserver la dimension locale des projets. L’expertise de la direction de la production intervient notamment dans l’accompagnement de l’écriture et dans le suivi du développement.

L’objectif est de conjuguer l’apport des talents locaux, la connaissance des codes culturels béninois et l’expertise du groupe en matière de production.

Le sport constitue également l’un des piliers d’A+ Bénin. Quelle place lui accordez-vous ?

Le sport fait partie de nos trois grands piliers, avec la fiction et le divertissement. Nous avons notamment vocation à promouvoir le championnat béninois sur notre antenne.

Nous diffusons les deux meilleures affiches chaque week-end, le samedi et le dimanche à 16 heures. Le dimanche, la diffusion est suivie de « Carré Vert », notre magazine consacré au décryptage de l’actualité du championnat.

Nous souhaitons également continuer à développer de nouveaux formats autour du sport.

L’État béninois est également présent dans le paysage audiovisuel à travers la SRTB. Comment se répartissent les rôles ?

L’État béninois est aujourd’hui actionnaire de différentes chaînes qui ont des positionnements très différents.

Les chaînes de la SRTB ont notamment pour vocation de relayer l’information et les messages du gouvernement. Cela ne correspond pas à l’ADN d’A+ Bénin.

Nous ne sommes pas une chaîne d’information. Nous sommes davantage positionnés sur le divertissement, la fiction, les magazines et le sport.

Cela ne nous empêche pas de parler du Bénin. Avec « Mon Beau Bénin », par exemple, nous faisons découvrir des régions, des initiatives locales et des événements culturels. Mais notre approche est celle de la découverte et du divertissement, pas celle de l’information.

Venons-en au modèle économique. Comment fonctionne le financement d’A+ Bénin ?

Le groupe CANAL+, qui détient 51 % du capital, et l’État béninois, qui en détient 49 %, financent la chaîne. Notre objectif est également d’accompagner le développement de nos recettes publicitaires.

Le marché publicitaire béninois évolue et l’économie du pays est dynamique. Nous sommes donc dans une phase de développement et d’accompagnement de cette évolution.

La question de la mesure d’audience reste cependant importante pour le marché publicitaire. Où en êtes-vous ?

C’est effectivement un sujet important. Aujourd’hui, nous nous appuyons notamment sur l’outil de mesure du groupe CANAL+, réalisé avec Médiamétrie, qui est également disponible au Bénin.

Nous utilisons ces données pour piloter nos programmes et échanger avec les annonceurs. Nous regardons également les performances de nos plateformes digitales, l’engagement des internautes et les retours du terrain.

À terme, une mesure d’audience partagée à l’échelle du marché permettrait évidemment de disposer d’une donnée commune et de références plus officielles pour l’ensemble des acteurs.

Des discussions existent-elles avec l’État sur la mise en place d’une telle mesure ?

Il existe des discussions à ce sujet. C’est un outil important pour un marché publicitaire : lorsqu’un annonceur investit dans un programme, il a besoin de pouvoir mesurer son audience et sa performance.

Il y a à la fois un besoin de donnée partagée pour communiquer publiquement sur les audiences et un besoin de données permettant aux chaînes et aux annonceurs de piloter leurs performances.

Selon les données dont vous disposez, quelle est aujourd’hui la position d’A+ Bénin ?

Sur les deux premières années, A+ Bénin était déjà la première chaîne locale parmi les chaînes suivies par les abonnés CANAL+ au Bénin, derrière Novelas TV.

Les dernières données consolidées nous placent désormais en première position, devant Novelas TV. C’est évidemment une satisfaction et cela montre que les abonnés CANAL+ au Bénin accordent une place importante aux productions et aux programmes locaux.

Comment expliquez-vous cette progression ?

Je pense qu’il existe aujourd’hui une véritable appétence pour les contenus locaux, qui était peut-être moins forte il y a quelques années.

Les téléspectateurs veulent retrouver leur culture, leurs histoires, leurs visages et leurs réalités à l’écran. Notre rôle est de répondre à cette attente tout en proposant des programmes suffisamment ambitieux pour pouvoir également circuler au-delà du Bénin.

Après trois ans, notre enjeu est donc de continuer à consolider ce qui a été construit, mais surtout de passer à une nouvelle étape dans la production de contenus béninois