La Télévision numérique terrestre (TNT) au Sénégal traverse une nouvelle zone de turbulences. Entre l’incident majeur survenu à Mbacké, les tensions sociales au sein de TDS-SA, et la signature récente de contrats de reprise des signaux avec des éditeurs de droit sénégalais, le dossier de la diffusion numérique reste au cœur de l’actualité audiovisuelle.
Dans la nuit du 10 au 11 juin 2026, un accident spectaculaire a frappé le centre émetteur de Mbacké. Selon TDS-SA, un camion a percuté un hauban du pylône principal, provoquant l’effondrement de l’ouvrage sur le bâtiment technique et d’importants dégâts matériels avec pour conséquence une interruption temporaire de la diffusion TNT dans la zone couverte par le site, ainsi qu’une perturbation des services de radio.
L’épisode a ravivé les inquiétudes sur la robustesse de l’infrastructure nationale de télédiffusion. TDS-SA a présenté ses excuses aux usagers et indiqué que ses équipes travaillaient à sécuriser le site et à rétablir progressivement les services.
Au-delà de cet accident, TDS-SA fait face à des critiques plus structurelles.
Des syndicats de l’entreprise ont récemment alerté sur un climat social dégradé, des infrastructures sous tension et une qualité de signal jugée insuffisante dans certaines zones. Ils dénoncent aussi l’absence de solutions durables pour moderniser le réseau et stabiliser l’exploitation.
Cette crise technique s’ajoute à une période déjà marquée par des réorganisations internes et des discussions sur la gouvernance du service public de diffusion. Pour les syndicats, la situation actuelle fragilise la continuité du service et appelle une réponse rapide des autorités.
Dans sa réponse aux critiques, la Directrice générale de TDS-SA, Aminata Sarr , relativise la portée du conflit social, en rappelant que le syndicalisme fait partie du fonctionnement normal d’une entreprise publique. Elle affirme que plusieurs revendications ont déjà été traitées par le dialogue, notamment l’harmonisation des rubriques du bulletin de salaire, présentée comme un acquis social obtenu après concertation avec le SYNPICS. Elle soutient aussi avoir trouvé, à son arrivée, une situation financière difficile, avec des comptes bloqués en raison d’un ATD lié à des impôts non acquittés.
Sur le plan de la gestion, Aminata Sarr dit avoir pris des mesures de rigueur pour préserver la continuité du service, sans toucher aux salaires, indemnités ni primes du personnel. Elle explique avoir réduit certaines dépenses jugées de prestige, comme le café et certains frais de carburant, afin de concentrer les ressources sur l’exploitation quotidienne. Selon elle, ces choix étaient nécessaires pour maintenir la qualité du service public et stabiliser la situation de l’entreprise
Dans ce contexte agité, TDS-SA a aussi franchi une étape importante sur le plan institutionnel. Le 25 juin 2026, l’opérateur a annoncé la signature de contrats de reprise des signaux des éditeurs de droit sénégalais diffusés sur la TNT. Cette décision s’inscrit dans une logique de consolidation du contrôle technique et éditorial de la diffusion nationale.
Ce mouvement prolonge la reprise en main engagée depuis 2024, lorsque TDS-SA avait annoncé devenir l’unique gestionnaire de l’intégralité de l’infrastructure TNT au Sénégal. L’objectif affiché reste de centraliser la diffusion et de clarifier les responsabilités entre opérateur public et éditeurs de chaînes.
La montée en puissance de TDS-SA ne se fait toutefois pas sans contestation. EXCAF Télécom, ancien acteur central du dispositif, continue de contester la réorganisation du secteur et les accords conclus par l’opérateur public. En juin 2025, le groupe avait déjà dénoncé un partenariat stratégique entre TDS-SA et la société malienne TNTSAT Africa, qu’il jugeait contraire à ses droits d’exploitation commerciale.
Le conflit remonte à la reprise complète de l’infrastructure TNT par TDS-SA en juillet 2024, une décision présentée par l’État comme une volonté souveraine de reprendre le contrôle du réseau national. EXCAF, de son côté, soutient que certains droits d’exploitation subsistent et que la séparation des rôles n’a pas été respectée.
La TNT sénégalaise évolue donc dans un environnement tendu, où se croisent enjeux techniques, rapports de force économiques et arbitrages politiques. Les interruptions de service, les contentieux autour des multiplex et la signature de nouveaux contrats illustrent une phase de recomposition profonde du paysage audiovisuel.
La question centrale reste désormais celle de la capacité de TDS-SA à stabiliser durablement le réseau tout en apaisant les tensions avec les chaînes privées et les anciens partenaires du dispositif. Dans l’immédiat, la TNT sénégalaise apparaît à la fois comme un outil stratégique de souveraineté numérique et comme un secteur encore vulnérable à des crises répétées.
