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Entretien avec Béatrice Damiba, présidente de l’association Convergence

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Ancienne journaliste, diplomate, ministre de l’information et présidente du Conseil Supérieur de la Communication au Burkina Faso, Béatrice Damiba est la présidente de Convergence, association panafricaine créée en 2015 pour lutter contre le piratage audiovisuel.

Le siège légal de l’association est situé à Abidjan et compte à ce jour, une trentaine de membres qui sont des entités/groupes privés, publics, organisations et des institutions tels que CANAL+, le FESPACO, le Festival Ecrans Noirs …

 

Quelles sont vos activités ?

Notre mission est de protéger et valoriser les créateurs et éditeurs du paysage audiovisuel sur le continent africain, de protéger leurs droits, dans l’ensemble du paysage audiovisuel et cinématographique, y compris l’industrie musicale.

Pour remplir notre mission, nous mettons l’accent sur l’information, la sensibilisation et la formation. Beaucoup de gens connaissent la piraterie en général mais beaucoup ne se rende pas compte des enjeux que cela représente. Quand nous parlons de piraterie audiovisuelle, nous sommes dans quelque chose d’immatériel, quelque chose qui peut parfois être difficile à concevoir dans son ensemble. Nous caractérisons ce piratage comme un vol mais cela n’est pas forcément le cas pour certains même si cela représente bien un vol de la propriété immatérielle et intellectuelle. Le public africain doit être sensibilisé à ce sujet.

Nous sensibilisons aussi les acteurs du secteur qui n’ont pas forcément connaissance de leurs droits ni de l’ampleur du phénomène de piraterie sur le continent. Nous souhaitons également attirer l’attention des Etats, car il y a un réel manque à gagner (fiscalité, droits de douane). Et enfin les populations, consommateurs, qui sont des parties prenantes de ce fléau.

 

Qu’est-ce qui a motivé la création de cette association ?

En tant que Présidente du Conseil Supérieur de la Communication, j’ai eu à arbitrer de nombreuses affaires de piratage de droits de diffusion entre des acteurs du monde de la télévision. Ces différents litiges m’ont confortée dans le fait qu’il fallait mettre en place une structure dédiée à la lutte contre ce piratage.

 

En chiffres, que représente le piratage audiovisuel sur le continent ?

Nous ne couvrons pas tout le continent mais nous évaluons, selon des études, à 120 milliards de FCFA annuels, la perte provoquée par le piratage audiovisuel pour les pays francophones. Nous savons que dans certains pays, plus de 70% des abonnements à la télévision payante, sont créés à partir de réseaux informels de distribution.

  

Quels sont les enjeux du piratage audiovisuel ?

D’un point de vue global, la piraterie audiovisuelle représente une réelle perte pour l’économie des pays d’Afrique puisque d’énormes sommes d’argent sont en jeu. Une réelle perte également pour le secteur audiovisuel dont le développement est directement impacté. Les ayant-droits ne jouissent pas du fruit de leur travail.

Avec cette association, nous souhaitons attirer l’attention sur ces différents enjeux qui impactent le secteur sur le continent, amplifiés par l’essor d’internet. Pour confronter les acteurs à ce problème, nous organisons des rencontres, séminaires, ateliers, panels ou encore des tables rondes. Nous prenons également part à des événements comme dernièrement à Yaoundé où nous avons co-organisé le premier séminaire international sur la lutte contre le piratage des contenus audiovisuels via internet, les 25 et 26 novembre.

Au-delà des événements, des prises de paroles et des campagnes de sensibilisation, nous essayons de mener des études car nous manquons cruellement d’informations et de données sur la situation réelle. Nous avons besoin de statistiques pour être plus convaincants et convaincre davantage les acteurs et les gouvernements à ces enjeux, à la prise en compte des évolutions technologiques et à la mise en place d’un cadre juridique adapté.

Le piratage entrave au bon développement de la production audiovisuelle et également au développement des pays en général puisque l’audiovisuel contribue sur le plan économique à ce développement. L’audiovisuel est vecteur de culture et cette culture est fondamentale pour le développement des pays même si souvent son apport est minimisé.

 

Quel bilan pouvez-vous tirez de ces premières années d’action ?

Plus nous mènerons de luttes, de combats et de guerres contre le piratage sur le continent et plus nous contribuerons grâce à l’audiovisuel et la culture, au développement social et économique de l’Afrique.

En termes de bilan, nous pouvons constater après ces quelques années d’action, un grand intérêt de la part des acteurs pour notre action. Nous sentons que les créateurs, éditeurs de contenus, producteurs, musiciens portent de l’intérêt au combat que nous menons. Cela est encourageant.

 

Prendrez-vous prochainement la parole au sujet du piratage audiovisuel ?

Le prochain événement que nous préparons se déroulera début 2020 à Dakar où nous projetons d’organiser un colloque pour capter le public d’Afrique de l’Ouest. Experts, acteurs, organisations et institutions publiques prendront la parole sur les différents enjeux du piratage audiovisuel.

 

Au regard de ces enjeux, comment voyez-vous l’avenir de l’écosystème audiovisuel et cinématographique africain ?

Je suis de nature optimiste. Je pense que si tout le monde parvient à prendre conscience du phénomène de piraterie audiovisuelle et de ses enjeux, nous pourrons engager des mesures et contribuer au développement et à la prospérité du secteur de l’audiovisuel. Au niveau mondial, dans l’ensemble des régions, une lutte aussi est menée et porte ses fruits. En Afrique aussi nous parviendrons à inverser la tendance et enrayer le phénomène. Nous pouvons voir d’un œil optimiste l’avenir de l’audiovisuel sur le continent d’autant que le secteur fait preuve de beaucoup de dynamisme et de créativité porté par l’avènement de la TNT.  

Pays:

Panafricain