Fermer

Je m'abonne

Déjà abonné ? Identifiez-vous

Je me connecte

Article Abonné

Entretien avec François de Labarre, rédacteur en chef de Paris Match Afrique

FacebookTwitterLinkedIn

Lagardère a annoncé le lancement du Paris Match Afrique le 2 novembre 2017.

Tous les premiers jeudis du mois, un cahier de 32 pages entièrement dédié à l’actualité économique, politique, culturelle du continent africain sera inséré dans les magazines distribués dans 22 pays d’Afrique francophone.

 

Paris Match est présent depuis longtemps en Afrique francophone avec l’édition Paris Match International. Comment l’Afrique prend-elle place dans vos développements récents ?

Historiquement, deux éditions de Paris Match étaient distribuées, l’édition nationale vendue en France et dans les DOM TOM, et une édition internationale vendue à l’étranger. Cette version pour l’étranger était un peu allégée avec 30-40 pages en moins, sans publicité. Nous avions donc un produit différent pour l’international que nous avons par la suite décidé d’enrichir région par région. Nous avons commencé avec la Belgique en intégrant tout d’abord un cahier belge puis nous avons proposé une véritable édition belge. Chaque semaine, le rédacteur en chef fait son propre Paris Match en puisant dans les sujets qui lui paraissent pertinents et en intégrant des sujets et des couvertures belges.

Cette édition, qui possède sa propre régie publicitaire vend chaque semaine 30 à 40 000 exemplaires.  Nous avons ensuite sur le même modèle commencé à développer la Suisse en septembre 2016 et maintenant l’Afrique.

 

Quels sont les facteurs qui ont motivé le lancement du Paris Match Afrique ?

Contrairement à la Belgique ou à la Suisse, l’Afrique est un projet différent car c’est à la base une initiative purement éditoriale. Tout a commencé en octobre 2015, lorsque j’ai commencé à écrire sur l’Afrique sur le site Paris Match et que je me suis rendu compte que les papiers publiés sur l’Afrique suscitaient beaucoup d’intérêt. C’est à ce moment-là, en accord avec le directeur de la rédaction, que nous avons décidé de créer une page Afrique sur notre site internet. Dès la publication du premier article, nous avons eu plus de 30 000 lecteurs. Un succès qui nous a prouvé que la population francophone était intéressée par les sujets sur l’Afrique et que Paris Match bénéficiait d’assez de notoriété pour imaginer un développement sur le continent.

 

Comment en êtes-vous arrivés à vouloir lancer une édition papier ?

Nous avons procédé par étape :  nous avons commencé par le web en créant une page sur le site Paris Match qui possède des statistiques tout à fait honorables avec 15 millions de visites du site par mois. 10-15% de l’activité du site est africaine et sur les réseaux sociaux, presque 50% du nombre de « fans » Facebook (sur 1,2 millions de fans) sont africains dont beaucoup d’internautes au Maghreb.

Nous avons ensuite créé une page web Afrique enrichie et complétée par une page Facebook. Puis, pour pouvoir aller plus loin, nous avons repensé le projet avec notre Directrice de publication Claire Léost, et nous avons choisi de lancer un magazine papier en se calquant sur le modèle économique de Paris Match qui allie publicité et ventes en kiosques.

 

Comment définissez-vous la ligne éditoriale de ce cahier Paris Match Afrique ?

La ligne éditoriale est la même que celle de Paris Match. Ce sont les mêmes thématiques mais également les mêmes équipes, la même direction artistique, secrétaire de rédaction, photographes … Je ne définirais pas encore Paris Match Afrique comme un média africain mais plutôt comme un média qui s’intéresse à l’Afrique. Pour le moment, le cahier Paris Match Afrique est un produit hybride entre un Paris Match français et un Paris Match africain.

Il y avait néanmoins de nombreux sujets que nous avions envie de traiter mais qui n’avaient pas leur place dans la ligne éditoriale « franco-française » de Paris Match. Nous sommes heureux aujourd’hui de pouvoir accorder plus de place à l’actualité africaine, et d’avoir un nouvel espace d’expression aussi bien pour nos journalistes que pour nos photographes pour traiter ces sujets.

 

La photo tient une place importante dans le contenu du Paris Match. Concernant l’édition du Paris Match Afrique, accordez-vous autant de place à la production photo ?

La production photo est riche en Afrique mais elle n’est pas facile à trouver. Il y a de très bons photographes de news sur le continent et des agences qui produisent des photos comme cette petite agence de photo avec laquelle nous nous sommes associés pour un concours qui s’appelle AfroPX, qui est basée à Dakar et qui gère un grand portefeuille de photographes. Nous avons eu ainsi, l’occasion de travailler avec des photographes de grande qualité. Nous souhaitons aussi faire émerger des talents locaux même si pour l’instant nous ne pouvons pas travailler uniquement avec ceux-ci.

 

Justement comment comptez-vous développer votre réseau de correspondants locaux ?

 Le sujet détermine si nous avons besoin de faire travailler des correspondants locaux ou pas. L’idée c’est d’avoir trois sujets avec une vraie valeur ajoutée pour chaque numéro, sur lesquels on fait éventuellement intervenir des correspondants locaux. Pour le reste, nous nous en occupons en interne en écrivant nous-mêmes les articles. A terme, nous ferons certainement davantage appel à eux mais cela est lié à la réussite économique du projet et des budgets que nous pourrons allouer.

Par ailleurs, Vibe, la radio du groupe Lagardère présente au Sénégal et en Côte d’Ivoire nous fournit une page de contenu éditorial tous les mois. Ce sont des échos, des petits sujets people, des sujets déjà produits par Vibe Radio ou bien des sujets qu’ils nous font sur-mesure et que nous reprenons dans notre édition africaine.

 

 A qui vous adressez-vous prioritairement ?

Paris-Match se vend partout en Afrique, depuis longtemps, essentiellement à une population d’expatriés mais nous souhaitons nous ouvrir également à un public plus large qui s’intéresse à l’actualité africaine.

Nos ventes oscillent entre 10 à 15 000 numéros sur tout le continent, ce qui est peu de choses par rapport aux ventes du magazine en France qui s’élèvent à 650 000 exemplaires mais cela représente tout de même une base intéressante pour un début.

Nous sommes aujourd’hui lus essentiellement au Maghreb, au Sénégal et en Côte d’Ivoire.

Notre objectif est de trouver, en termes de contenu, le bon équilibre et de couvrir à la fois le Maghreb et l’Afrique de L’Ouest comme nous l’avons fait par exemple dans notre premier numéro avec l’interview du footballeur gabonais Pierre-Emerick Aubameyang et « Casablanca la future Barcelone ».

Nous souhaitons attirer également ceux qui en France s’intéressent à l’Afrique. Notre premier numéro s’est vendu dans 4 kiosques parisiens et le prochain sera vendu dans 6 kiosques. Au fur et à mesure de l’intérêt que l’édition pourra susciter, nous développerons le réseau de distribution afin de capter également la diaspora africaine à Paris.

 

Paradoxalement, vous vous lancez à un moment où la presse papier éprouve partout beaucoup de difficultés alors que le digital connaît un grand essor également sur le continent africain. Face à ce constat, comment vous positionnez-vous avec cette nouvelle édition ?

Comme je vous l’ai dit, nous avons procédé par étape : nous avons commencé par le web en créant une page sur le site Paris Match. Nous avons ainsi démontré l’intérêt de la démarche. Néanmoins le digital ne génère pas encore de business-model viable. C’est la raison pour laquelle, à l’appui des exemples de la Belgique et de la Suisse nous avons lancé notre édition papier sur un modèle publicité + ventes. Grâce au contenu généré par cette édition africaine, nous pourrons enrichir le contenu du site et bénéficier in fine d’une offre média offline/online percutante et très prisée par les annonceurs.

 

 

Pays:

Panafricain