Mesure d’audience en Côte d’Ivoire : pourquoi les résultats tardent-ils à être publiés ?

Illustration éditoriale représentant un cadran de mesure, évoquant la mesure d'audience

La mesure d’audience en Côte d’Ivoire ressemble depuis plusieurs années à un feuilleton à rebondissements dont on attend toujours le dénouement.

Pourtant, depuis longtemps, le même objectif est affiché : disposer d’une donnée fiable, régulière et consensuelle permettant aux chaînes, aux radios, aux agences médias et aux annonceurs de savoir précisément qui regarde quoi, quand et où. Une donnée indispensable au développement du secteur audiovisuel et, plus largement, de toute l’économie qui gravite autour des médias.

Aujourd’hui, une nouvelle question se pose : alors que le nouveau dispositif semble avoir été mis en place, pourquoi les résultats tardent-ils encore à être publiés ?

Rappel des épisodes précédents

Fin 2023, la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle (HACA) s’est vue confier par le gouvernement ivoirien la mission de coordonner et de superviser la mesure de l’audience de la télévision, de la radio et d’Internet, et a lancé fin 2024 le processus pour sélectionner les opérateurs qualifiés pour la conception et la mise en œuvre du projet. Le financement était pris en charge par le gouvernement ivoirien lui-même.

Mars 2025 : la HACA signe le 7 mars une convention de partenariat avec la société KANTAR et le Groupement d’intérêt économique des éditeurs, qui réunit les chaînes et stations de radio publiques et privées ivoiriennes. L’objectif annoncé était de fournir aux chaînes de télévision et aux stations de radio des résultats robustes et fiables, contrôlés et validés par la HACA.

Août 2025 : la HACA publie les premiers résultats de la mesure nationale réalisée par KANTAR. Cinq vagues mensuelles sont réalisées et publiées entre mai et septembre 2025, auprès de 4 500 personnes de 15 ans et plus dans six villes : Abidjan, Abengourou, Bouaké, Daloa, Korhogo et San Pedro. Pour la première fois, le marché dispose d’une photographie mensuelle de la consommation média ivoirienne basée sur un large échantillon.

17 décembre 2025, coup de théâtre : la HACA annonce la cessation du contrat qui la liait à KANTAR pour la conception, la mise en œuvre et l’exploitation du dispositif national. La HACA assure immédiatement vouloir garantir « la continuité, la cohérence et la crédibilité » du dispositif et lance un nouvel appel d’offres réservé cette fois aux sociétés ivoiriennes exclusivement.

Mars 2026 : la HACA signe une convention de prestation avec la société ivoirienne ThinkTank Media à l’issue d’un appel à candidatures lancé le 18 février. Le choix bénéficie du soutien des chaînes de télévision, à l’exception de Life TV, qui n’a pas participé aux réunions consacrées au nouveau dispositif.

Le nouveau dispositif national conserve le niveau d’ambition et le cadre mis en place avec KANTAR : un échantillon d’environ 4 500 interviews par mois, une population de référence des 15 ans et plus résidant dans les six mêmes villes, une méthode reposant toujours sur le Day After Recall avec des interviews en face-à-face via des outils CAPI, et des indicateurs publiés nombreux et diversifiés.

Septembre 2026 : toujours pas de résultats

Plusieurs mois après la signature du contrat entre ThinkTank et la HACA, le marché attend toujours les nouveaux résultats. Selon plusieurs sources proches du dossier, la question du financement et notamment du règlement des prestations resterait à ce jour en suspens et bloquerait le processus.

Les conséquences d’un éventuel blocage

Dans un monde idéal, la mesure de l’audience, si elle est fiable et consensuelle, génère un cercle vertueux : les analyses menées permettent d’améliorer la qualité des programmes proposés, ces programmes mieux adaptés aux publics permettent de développer l’audience et le marché publicitaire, et les chaînes disposent par voie de conséquence de plus de revenus publicitaires permettant de soutenir la production et la création de contenus ivoiriens. Cela permet enfin de soutenir l’emploi et le dynamisme de tout le secteur audiovisuel et créatif ivoirien, et au-delà, de toute l’économie.

La Côte d’Ivoire ambitionne de s’imposer comme l’un des principaux hubs audiovisuels et créatifs d’Afrique de l’Ouest. Elle dispose d’un marché publicitaire important, de chaînes de télévision privées de mieux en mieux ancrées dans le paysage audiovisuel, d’un tissu de producteurs et de créateurs en développement et d’un environnement économique qui attire de nombreux acteurs internationaux.

Mais il lui manque toujours la monnaie commune de l’audience reconnue par tous, élément essentiel pour faire fonctionner pleinement cet écosystème et distancer tous les autres pays qui partagent la même ambition de devenir le point de convergence de la création audiovisuelle africaine.

Après des années de tâtonnement, de changement d’opérateurs et de débats méthodologiques, la Côte d’Ivoire semblait, avec le choix d’un opérateur ivoirien, proche d’atteindre le résultat souhaité. Il serait dommage qu’après avoir parcouru autant de chemin, la mesure d’audience ivoirienne tant attendue reparte sur un nouveau cycle qui pourrait prendre plusieurs années.

Cela serait particulièrement pénalisant à quelques semaines du SICA, rendez-vous majeur des industries audiovisuelles et créatives africaines, et au moment où les budgets 2027 des annonceurs se préparent.